Maître Ludot, un avocat engagé sur le chemin de l’humanisme.

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Il prend autant de plaisir à attaquer un géant du fast-food parce qu’une de ses clientes a glissé sur une frite qu’à défendre Saddam Hussein. Me Ludot tape partout sans état d’âme.

Emmanuel Ludot n’a pas que des amis. Mais cela ne le dérange pas. Bien au contraire. L’avocat rémois aime la confrontation, jouer avec la (sur) médiatisation de ses affaires, quitte à ce que son image en pâtisse parfois. Un blog a même été créé pour dénoncer son travail et recenser ses affaires perdues. Ses confrères ne l’apprécient pas tous. Mais il n’en a cure. « Mon devoir est de tenter de faire frémir les autorités ou le pouvoir. Peu importe si mes confrères et les juges n’apprécient pas mes méthodes singulières… »

Il faut dire que lorsqu’il parle des affaires qu’il a suivies directement ou indirectement, comme c’est le cas dans son dernier ouvrage « L’Avocat à histoires », M e Ludot ressort une liste de « prestigieuses » personnalités. On y croise Saddam Hussein, Bachar El-Assad, Bernard Tapie, Carlos, le médecin de François Mitterrand ou encore Klaus Barbie.

L’avocat rémois, c’est aussi l’attaque de Quick après qu’une de ses clientes a glissé sur une frite, la défense de fans de Michael Jackson victimes « d’un préjudice d’affection » suite à la mort de leur idole, une dent cassée par une saucisse, une lame de cutter retrouvée dans une conserve, un client gros buveur qui reproche à un fabricant de bière sa dépendance… Bref autant d’histoires insolites, de cas retors, qui attirent sur lui les projecteurs des médias. « Il ne s’agit pas d’un plaisir nombriliste ou d’un besoin de reconnaissance, précise-t-il. C’est en réalité une force supplémentaire que j’offre à mes clients. La médiatisation met en lumière leur histoire. Ils ont une chance d’être entendus. »

Avocat des causes perdues, du David contre Goliath, personnalité atypique, agaçante… Emmanuel Ludot assume : « J’aime attaquer les grandes multinationales, les gros face aux petits. Je n’aime pas être enfermé dans une spécialité. Je suis un touche-à-tout. Je n’ai pas la mentalité du notable installé. Je ne suis pas bling bling, je ne joue pas au golf et je n’aime pas les mondanités… »

S’il y consacre aujourd’hui 200 % de son temps, sa seule échappatoire est le jardinage, la profession d’avocat n’a pourtant jamais été une vocation pour le Marnais. Jeune, il était plutôt attiré par la politique. « Je suis un enfant de 68. J’avais une quinzaine d’années à l’époque. Fils d’instituteur j’ai été élevé au marxisme, bercé dans l’illusion d’un monde parfait en vénérant Marx, Castro et Lénine. Au lycée de Sézanne, mon prof de français m’avait appris à fabriquer des cocktails Molotov que je balançais sur les murs de la caserne de CRS ! Et puis j’ai vécu les illusions et les désillusions de toutes ces idéologies. J’ai, petit à petit, vu que faire de la politique ne serait pas pour moi »

La culture politique étant tout de même dans ses gênes, Emmanuel Ludot envisage de préparer Sciences Po puis l’ENA. Mais rapidement, le côté « formaté » des candidats le pousse à effectuer un virage à 180ºC.

Il s’inscrit alors à la préparation au CAP d’avocat.

C’est ainsi qu’il s’installe à Reims quelques années plus tard auprès de son épouse. C’est là aussi qu’il rencontre une avocate qui l’initie au pénal dit « de rupture », c’est-à-dire l’opposition franche. M e Ludot s’y tiendra jusqu’à aujourd’hui.

« Ce qui pousse dans ce métier, c’est l’adrénaline qu’il provoque. Après cela devient une addiction. J’aime aller là où personne ne veut aller. C’est un challenge avec moi-même ».Et pour cela M e Ludot ne se fixe aucune limite. « Dans les affaires, j’ai l’instinct du chasseur. Le procureur construit quelque chose, le travail de l’avocat est de le démolir. Tout est bon pour cela. J’aime trouver la faille, la petite chose qui fera tomber la procédure. À une époque, c’est la plaidoirie qui était le plus important. Depuis les années 90, on met plus en avant le talent de l’avocat, son habileté de procédure. C’est bien plus efficace que les envolées lyriques. »

Une première affaire très médiatisée Et pour ce qui est du choix de ses clients, Emmanuel Ludot n’a pas plus de scrupule : « Je ne me fixe aucune limite dans l’horreur. L’horreur ne me gêne pas. Je n’ai pas d’état d’âme. La seule question c’est quand on s’endort le soir de se demander si on a été un mec bien, ou pas, dans la journée… »

S’il a connu des procès à travers toute la planète, des clients célèbres, des menaces de morts, sa voiture accidentée, l’avocat garde un souvenir particulier de sa première grande affaire. Celle dite de la « boulangère de Reims » où, en février 1989, une femme tue dans sa boulangerie un jeune maghrébin qui lui volait un croissant. Celle-ci sera acquittée sous les applaudissements de la salle, la légitime défense étant retenue.

« Je défendais les intérêts de la famille du jeune homme. J’étais seul contre toute une ville. C’est là que j’ai vu comment fonctionnait la justice. À l’époque, l’Elysée et particulièrement Danièle Mitterrand s’étaient impliqués dans cette affaire, mettent la pression sur le parquet. J’ai été pendant six mois la marionnette de l’Elysée avec cette impression d’être dévalorisé. C’était une affaire difficile, dans un contexte, les années 80, où il y avait un racisme ambiant. J’ai été taxé d’avocat des bougnoules, reçu des menaces de mort. »

Plus de vingt-cinq ans de carrière plus tard, l’avocat n’a pas vraiment de regret sur son parcours.

Tout juste souffre-t-il de n’avoir pas eu l’adhésion familiale dans ces « aventures » à travers le monde. « Il y a une grande forme de solitude dans mon travail. Quand je me prends les coups, je le vis bien, car ça fait partie du jeu. Pour eux, c’est plus dur… »

 

Maitre Ludot défend les causes les moins évidentes, les plus faibles d’entre nous, blessés par les injustices  ne vous y trompez pas, être avocat s’est avoir prêté serment de défendre. Etre avocat s’est surtout avoir le respect des droits humains et ce respect que l’on soit plaignant ou mis en examen, est naturel.

 

Emanuel Ludot me parle de pardon, savoir pardonner n’est pas donné à tous, il implique le renoncement à la haine, ne pouvant se faire que par le recul en prenant de la hauteur. Le pardon est nécessaire m’a-t-il dit pour vivre en société cat il incline vers une attitude empathique, dont humaniste.

Je me souviens, dit-il, du procès Michael Jackson dont le médecin avait fourni à l’artiste un anesthésiant plutôt qu’un somnifère, sachant pertinemment  que son cœur allait lâcher. Fatalement il n’a pas dépassé la cinquantaine. Maitre Emanuel Ludot était révolté contre ce docteur Murray qui l’a endormi pour toujours avec du propofol. Le docteur Murray se faisait payer la mort à raison de 150 000 dollars par mois.

Le pardon sera notre religion sociale, celle qui nous oblige de passer l’éponge par obligation, c’est ce pardon qui nous permet d’avancer, de progresser et de parfaire notre évolution.

Etre avocat s’est vivre deux aspects contradictoires ou contrariés. Les qualités et les défauts ne font qu’un.

La distance et le recul dit-il, permettent de mieux servir celui que l’on doit défendre.

Sa définition du destin : la destinée est une feuille de route que l’on découvre au fil du temps comme un dérouleur. Nous écrivons notre histoire au fil du temps, en fait nous croyons l’écrire alors qu’elle décidée à l’avance.

 

Maitre Emmanuel Ludot est bien un avocat humaniste.

 

http://www.emmanuelludot.fr/

 

 

 

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